Si Angoulins m'était conté par Jean Joguet (2009)

Auteurs :
- Denis Briand, historien local, est le président-fondateur de l’association Expression-Hist (histoire et patrimoine d’Angoulins) et le président de l’association rochelaise Archéaunis (les archéologues de l’Aunis).
- Sous-archiviste  départemental, Jean Joguet fut un angoulinois investi.
Curieux et passionné, il participa notamment à la vie paroissiale.
Il s’intéressa aussi de très près à l’histoire d’Angoulins.

Synopsis : 
Jean Joguet a assurément marqué notre commune. Nombreux sont ceux qui se souviennent encore de son altruisme et de son inaltérable curiosité.
Inlassable artisan de la promotion d’Angoulins au cours des années 1950, son travail sur l’histoire du village n’avait jamais encore fait l’objet d’une attention sérieuse.
Denis Briand nous livre aujourd’hui le fruit de son difficile travail de recoupements et de recherches autour des textes méconnus de l’érudit.
Puisant à des sources diverses, le recueil proposé permet enfin de prendre toute la mesure de la tâche de Jean Joguet et de lui rendre, enfin, l’hommage qu’il méritait.

Préface de Louis-Marie Joguet (Fils de Jean Joguet et maire de Mallièvre en Vendée) : 
Sur les pas de mon père...
Angoulins, appartient à l’imaginaire de mon enfance, à ces histoires que mes parents racontaient sur ce qui avait été avant notre arrivée à la Roche-sur-Yon. Je m’imaginais les plages, les pêcheries, la tempête de décembre 1958 quand ma sœur Bernadette était née, la mer gelée, les poules qui avaient pincé les doigts de ma sœur Catherine, le parc où l’on m’avait perdu, un univers de bord de mer si lointain pour l’enfant que j’étais et si présent pour mes parents sans que j’en comprenne bien le sens.
Ce sens a émergé petit à petit, quand mon père a commencé à partager sa passion avec nous, ses enfants : l’histoire ! Ces archives poussiéreuses qu’il étudiait avec amour, qu’il décodait, qu’il racontait à nos oreilles souvent intéressées mais parfois ennuyées de tant de savoir qui nous était lointain. Et petit à petit Angoulins est devenue pour moi l’étape de cette passion que mon père a construite au cœur des villes où il a travaillé : Chambéry, La Rochelle, La Roche, trois étapes pour cet amour des hommes qui ont construit l’histoire.
Ce n’est que plus tard que j’ai découvert les écrits de mon père dans l’Echo des Sirènes. Angoulins avait été une passion, une recherche passionnante, mais aussi un désir fort de sa part de permettre aux Angoulinois de s’approprier l’histoire de leur commune.
Cinquante ans plus tard, je sais que ce n’est pas en vain qu’il a partagé cette passion et je ne peux que remercier Denis Briand pour le travail exemplaire d’historien qui a été le sien, celui qui donne aux habitants d’Angoulins la fierté de leur histoire locale et celui de mise en lumière du travail de mon père.
C’est avec l’humilité du chercheur, pour qui la passion dépasse tout l’orgueil d’avoir trouvé, que mon père a toujours travaillé. Ceux qui se souviennent de lui évoquent ce petit homme courbé, aux yeux voilés par des lunettes vertes, mais qui ne masquaient pas entièrement son regard malicieux et curieux. Il a diffusé autour de lui une image de gentillesse, d’intelligence et de grandes connaissances. Ma mère redit souvent qu’il avait deux passions : sa famille et les archives. Et il a toujours voulu nous transmettre son ouverture d’esprit, sa curiosité, son amour de l’histoire et des hommes.
Né le 9 avril 1917 à Cheffois (Vendée), ainé de 9 enfants, Jean est confié à l’éducation de ses grands-parents et intègre l’Institution des Père de Chavagnes sous la houlette de son oncle et parrain qui tiendra une grande place dans sa vie. Il poursuit des études vers la prêtrise lorsqu’en 1937 il est atteint par la tuberculose. Il connaît alors le sanatorium et une des premières opérations pour « tuer » le bacille : on lui retire douze paires de côtes pour dégonfler le poumon atteint. Il gardera de cette opération cette courbure prononcée de la colonne vertébrale et un état de santé fragile. C’est ainsi qu’il abandonne quelques années plus tard son projet religieux et rencontre celle qui deviendra sa femme.
Il termine ses études à Paris, puis est nommé commis d’archive à Chambéry, qu’il quitte pour la Rochelle.
En 1951, mes parents se marient à Saintes et emménagent le lendemain à Angoulins-sur-mer. Ce seront dix années de joies et de peines, marquées par la naissance de leurs quatre enfants dont l’ainée décédera prématurément. Mon père s’investit dans la paroisse, il y est organiste, il participe au bulletin paroissial, à l’Echo des Sirènes dont il signe souvent l’éditorial pour Angoulins et les chroniques historiques qu’il alimente par ses recherches aux archives. Sa passion : raconter l’histoire, la petite histoire, celle des gens qui l’ont vécue et chercher inlassablement.
En 1961, toute la famille part pour la Roche-sur-Yon. Mon père y est adjoint d’archives et se passionne pour l’histoire de « son » département. Il y laissera un peu de sa santé. En 1977, promu Secrétaire Documentaliste en Chef, il cesse son travail aux Archives avec le projet d’écrire enfin pour lui, ce qu’il ne réalisera pas. Il se met à l’aquarelle, dessine et peint des fleurs et quelques visages. Il lit, écoute la « grande musique » et partage avec ses enfants et sa femme ses souvenirs, son histoire, l’histoire de notre famille, pour continuer le chemin. Il nous a quitté le 11 avril 1987.
Merci de tout cœur à Denis Briand pour ce travail remarquable auquel il a souhaité nous associer. C’est un véritable honneur et une joie, pour ma mère, mes sœurs, mes enfants et moi-même, que de sentir revivre, à travers cet ouvrage et les recherches de Denis Briand et de ceux qui s’y sont associés, toute la passion de notre père, de « papy Jean ». Une nouvelle génération de passionnés est là et c’est très bien !

Le mot de Denis Briand (éditeur) : 

Conditions de la découverte du travail de Jean Joguet

En avant-propos du livre intitulé “Angoulins, sites et Monuments”, je rappelais que mon travail d’inventaire des connaissances historiques angoulinoises entrepris dès 2001 aux prémices de l’association avait, d’abord et de manière surprenante, abouti à un constat décevant : celui d’un passé angoulinois mésestimé... 
En m’interrogeant sur les raisons de cette méconnaissance, j’avais bien su déceler la commodité de cette situation, dont certains semblaient se satisfaire. En effet, depuis longtemps, d’aucuns substituaient sans hésiter à leur ignorance, les faveurs d’un prosaïsme douteux ou d’une histoire souvent erronée. D’autres, bien mieux informés, mais non moins scrupuleux, entretenaient l’idée même de cette prétendue indigence pour s’approprier, en douce, des écrits préexistants...
Cette regrettable situation mise au jour m’amena à reconsidérer un à un les renseignements les plus répandus de la bibliographie angoulinoise, en vue de leur redonner sources et authenticité. Ces occurrences recueillies et organisées, me permirent de mettre en exergue confusions et errements mais aussi d’isoler certitudes et vérités.
En démêlant patiemment cet écheveau, je m’aperçus que la majorité des données avérées de l’histoire d’Angoulins provenait d’une seule et même source : les recherches menées par un certain Jean Joguet au cours des années 1950...

Genèse du présent ouvrage

Le travail de ce chercheur, qui allait, par la suite, s’avérer être un véritable socle d’érudition, n’avait donc malheureusement pas (ou peu) perduré. A l’époque, entre 1950 et 1960, publiés çà et là en une multiplicité d’articles, ces précieux acquis n’avaient malheureusement pu se fixer, de façon pérenne.
Avec le temps, ce même morcellement n’avait pas non plus aidé à la juste appréciation de l’ensemble des écrits de Jean Joguet.
Approximations et impostures  avaient ainsi prospéré dans le terreau de ce travail émietté.
Autant que l’envie d’exactitude, c’est aussi une vraie curiosité qui motiva mon intérêt pour les travaux “oubliés” de Jean Joguet. Pertinents, étayés et fouillés, les tous premiers articles, décelés lors de mon état des lieux de 2001, ne pouvaient que m’engager à poursuivre ma recherche...
Au commencement de cette  quête prometteuse, beaucoup de questions se posaient donc : quelle était réellement la teneur des recherches effectuées par Jean Joguet ? quels sujets avaient été traités ?
Assurément, regrouper ce travail, en saisir l’importance et restituer l’ensemble, constituerait de toute évidence un précieux apport cognitif pour l’histoire angoulinoise, mais permettrait, par là même, de rendre paternité et pérennité à l’oeuvre de l’historien.

La constitution du corpus 

La première source explorée afin d’identifier la production de Jean Joguet fut le fonds nominatif attribué au chercheur sous une cote de la série 2 J des archives départementales de la Charente-Maritime. Il s’agit d’un fonds encore très riche malgré les pillages subis. Au cours de notre regroupement, nous avons en effet pu mettre la main, via d’autres sources, sur des photocopies de documents de l’historien portant le tampon caractéristique des Archives. Mais malheureusement les originaux manquaient dans la précieuse boîte en zinc... En raison de ces lacunes avérées, il nous a alors fallu recourir à de nombreux recoupements notamment en vue d’exploiter les supports de publication affectionnés par le chercheur à l’époque. Il s’agit du journal Sud-Ouest et du bulletin paroissial d’alors. Enfin, de multiples renseignements bibliographiques référencés çà et là, devaient nous diriger vers d’autres articles oubliés de Jean Joguet...

L’oeuvre mise au jour...

Nous intéressaient en premier lieu, les nombreux extraits du bulletin paroissial des années 1950 : L’Écho des Sirènes. Cette publication mensuelle paraissait pour les paroisses d’Aytré, Angoulins et La Jarne. Parmi ces parutions, nous avons pu relever une cinquantaine de titres signés par Jean Joguet. Tous sont parus dans une rubrique du bulletin intitulée “Echos du bon vieux temps”. Cette série de livraisons court de janvier 1954 à décembre 1958 et est introduite par une courte note titrée “Si Angoulins m’était conté”. C’est d’ailleurs l’intitulé de cet article introductif qui a été retenu pour donner le titre au présent ouvrage. Voici la liste des 49 autres textes collectés :
Les gardes côtes d’Angoulins (3 articles) - Les seigneurs de Jousseran (4 articles) - Le four banal (2 articles) - Angoulins en 1757 - Les chapelles Saint-Jean-du-Sable et Sainte-Catherine-des-moulins-neufs - Les Tourettes (3 articles) - Les élections municipales de 1831 - Les visites pastorales du XVIIe siècle (4 articles) - Le banc seigneurial - La chapelle Sainte-Radegonde (2 articles) - Le protestantisme à Angoulins - Le testament d’une belle inconnue - A propos des bourgnes d’Angoulins - La cloche de Saint-Jehan de Châtelaillon (2 articles) - Avec le 114 congrès archéologique de France - Echos du bon vieux temps - Les doléances des habitants d’Angoulins en 1789 (5 articles)  -Jehan Levesque, curé d’Angoulins - L’engagement d’Elie Froget  - Jean Berne seigneur d’Angoulins - En 1247 on se plaignait déjà des fonctionnaires - Le mariage du meunier - Il y a 400 ans -Le contrat de mariage d’un laboureur - Notaires du XVIe siècle (2 articles). - Le nouvel autel - Echos du bon vieux temps : Les origines préhistoriques d’Angoulins - Echos du bon vieux temps : Des gaulois au christianisme - A propos des dîmes - Angoulins après la Révolution - Le cimetière protestant.
Malgré cette profusion, un classement chronologique raisonné trahit quelques interruptions dans la récolte. En dépit de nos investigations aux archives de l’Évêché ou dans les greniers des paroissiens collectionneurs, certains numéros nous font encore défaut. Ces manques concernent 5 dates : avril et décembre 1955 - janvier 1956 - avril et juin 1958. Notons que le numéro de mars 1958 ne comporte aucun article de Jean Joguet.
Autre source, les cahiers personnels de Jean Joguet.
Parmi ces notes, apparaissent deux nouveaux textes, entièrement rédigés par l’érudit (sont-ils présents dans L’écho des Sirènes aux dates lacunaires ?). Ils sont intitulés La disette en 1812 et Les chapellenies en l’église d’Angoulins (manuscrit que l’on trouve aussi titré Le testament de Mathurin Fourestier : s’agit-il là de deux articles couplés ?).
Auteur prolifique, Jean Joguet a aussi publié, nous le rappelions, dans le quotidien Sud-Ouest. Les coupures de presse de ce journal nous livrent, en particulier, quelques synthèses très intéressantes. (Nota : certaines d’entres elles reprennent des informations et, quelque fois, des passages entiers des articles parus dans le bulletin paroissial. Nous avons tout de même choisi de les publier ici, à la fois pour mémoire, mais aussi parce qu’elles comportent quelques variations ou précisions notoires). Nous listons ainsi 16 articles :
Petit guide à l’usage des touristes et des autres (publié en 6 livraisons) - Note d’histoire en 1810 (Sud-Ouest du 23 décembre 1952, illustré d’un dessin des vestiges du fort du Chay) - Angoulins et ses seigneurs : La maison des Tourettes (publié en deux fois) - Angoulins et ses seigneurs : La maison noble de Jouseran (décembre 1960) - Angoulins et ses seigneurs : La maison du Pont de la Pierre (décembre 1960, illustré par un extrait de la gravure de Callot) - Le prieuré et la chapelle Sainte-Radegonde d’Angoulins (Sud-Ouest n°2568 du 26/11/1952  et illustré d’un dessin de la chapelle) - Les origines chrétiennes d’Angoulins (daté du 17 mars 1953) - Les gardes-côtes (en deux articles parus les 1 et 2 octobre 1957) - La cloche de Saint-Jehan de Châtelaillon (Sud-ouest du 6 juillet 1956 répondant à un article du curé de Châtelaillon du 3 juillet 1956).
Pour terminer, nous avons pu identifier deux derniers articles en marge de ces différentes sources. Ce sont :
Une église disparue : Saint-Nazaire d’Angoulins (paru dans les Actes du XXème Congrès des sociétés savantes du Centre-Ouest (Poitou, Charentes, Touraine), Rochefort, 16, 17, 18 mai 1964) - Les charpentiers fondeurs de cloche (monographie).

La publication des miscellanées...

Comme je l’ai évoqué plus haut, la question de la restitution de l’ensemble des textes de Jean Joguet s’est très vite imposée à moi. Mais il restait toutefois à définir les conditions de la mise en oeuvre. Il faut avouer que cette étape fut assez délicate puisqu’elle se résumait en fait à la difficile question : comment demeurer fidèle à l’esprit du travail de Jean Joguet ?
Même si je signe au final ce livre par mon long travail de recoupements, de collecte et de restitution, j’ai bien conscience d’en être moins «l’auteur» que celui à qui je souhaite aujourd’hui rendre hommage. Comment alors être dépositaire et publier cet héritage sans en trahir l’esprit dans l’ultime phase de restitution ?
Pour ce faire, j’ai opté pour une formalisation très sobre mais complète, reflétant, en  somme, l’image que je me suis personnellement forgée de Jean Joguet et conformément aux descriptions qui m’ont été données de l’homme.
Mon intervention devant s’effacer au profit du véritable auteur de ce livre, la meilleure forme à retenir était, semble-t-il, celle d’un recueil vraiment épuré. Au bénéfice d’un résultat plus fidèle - mais peut-être au détriment d’un livre plus complet - je me suis, tout d’abord, interdit de recourir aux annotations bien qu’elles auraient certainement pu permettre de préciser ou de corriger quelques points. De même, j’ai aussi abandonné l’idée d’utiliser des compléments ou des encadrés venant répondre aux interrogations que se posait l’historien et qui sont aujourd’hui résolues suite à mes propres recherches :
- sur la localisation du château des seigneurs d’Angoulins :
Aujourd’hui, je voudrais essayer de localiser cette maison qui fut le vrai château d’Angoulins et seul je ne le puis - Si vous avez des suggestions à faire pour localiser la maison de Jousseran...
- sur l’emplacement du four banal :
Ma curiosité est grande de savoir où il peut bien être...
- ou sur divers autre sujets :
J’ignore où se trouvait exactement la chapelle Sainte-Catherine-les Moulins-Neuf... - Comment cette cloche de Saint-Jehan de Châtelaillon fut-elle sauvée de la destruction et parvint-elle en l’église Saint-Pierre d’Angoulins ? - ... par je ne sais quelles transactions, le Pont de la Pierre passe entre les mains de François Henry Maynard. - Faut-il attribuer aux gaulois ou aux gallo-romains un cimetière exploré en 1876 par l’abbé Mongis ? etc...
Enfin, la question de l’illustration s’est aussi posée : le fait d’apporter de l’iconographie ne dénaturerait-il pas l’intérêt d’un ouvrage à haute densité historique ?  celle-ci détournerait-elle la curiosité du lecteur ou, au contraire, attirerait-elle vers ces écrits un lectorat plus large ? Bien qu’aujourd’hui la vulgarisation et l’accessibilité des ouvrages d’histoire locale passent beaucoup par l’illustration, j’ai quand même retenu un emploi très limité de l’image. Je crois, en fait, qu’il faille, ici et avant tout, valoriser les recherches de Jean Joguet. Ce recueil est surtout un vrai livre d’histoire, composé de textes très accessibles mais extrêmement fouillés et documentés. Pour passer des heures en bibliothèque et en archives, je sais bien ce que ces articles ont nécessité comme recherches et efforts.
Le présent recueil se suffisant donc à lui même, nous devons, avant tout, l’apprécier pour sa valeur et son intérêt historique, sans avoir trop recours aux artifices de l’illustration. Tel est mon sentiment.
C’est ainsi que cet héritage a pris corps et voit aujourd’hui le jour.
In fine, j’espère vraiment que cette compilation sobre mais la plus exhaustive possible des textes de l’érudit puisse rendre à l’historien toute la considération qu’il mérite depuis toutes ces années.

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